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La police des Lumières aux Archives nationales

Horaires : 17h30-21h

Lieu : Hôtel de Soubise, 60, rue des Francs Bourgeois, 75003 Paris.

Institution organisatrice : Archives nationales.

Intervenants : Vincent Denis, maître de conférence HDR (Université Paris I, IHMC-CNRS UMR 8066).

Exposition La police au siècle des Lumières

Ordre et désordre dans les villes au XVIIIe siècle

Au XVIIIe siècle, les villes d’Europe, en pleine expansion et au centre d’intenses transformations politiques, socio-économiques et culturelles, sont confrontées à des problèmes identiques : l’insalubrité, l’approvisionnement, des circulations croissantes d’hommes et de marchandises. Pour les princes et les autorités urbaines, la police devient un nouveau mode de gouvernement des villes.

Paris occupe une place de choix dans cette histoire, car Colbert et Louis XIV ont doté la plus grande ville du royaume d’un lieutenant de police dès 1667. Mais la « modernité policière » n’a pas eu qu’un seul et unique laboratoire : les transformations parisiennes sont inséparables de celles des autres villes françaises et des capitales européennes, de Londres à Naples, en passant par Genève et Madrid. Le Siècle des Lumières est en matière de police un moment d’échanges intenses, de réflexions et d’expérimentations.

Dans les capitales des « despotes éclairés », ou dans l’Écosse d’Adam Smith, les transformations de la police sont inséparables de l’optimisme du mouvement des Lumières. Certains responsables de l’ordre public font même de la police une « science du bonheur », destinée à assurer la « félicité des hommes en société ». Pour les administrateurs et les magistrats épris de certaines idées des Lumières, la police est conçue comme une institution « amélioratrice » et un instrument au service du progrès et du développement urbain. L’exposition a ainsi l’ambition d’illustrer cette rencontre entre la police et les Lumières, sans prétendre les confondre.

Car cette police d’Ancien Régime a aussi son côté sombre renvoyant à une organisation sociale violemment inégalitaire. C’est pourquoi elle n’hésite pas, notamment à Paris, à utiliser des moyens de lutte expéditifs contre tous ceux qui sont considérés comme indésirables : mendiants et vagabonds, migrants mal insérés, prostituées, imprimeurs, écrivains et pamphlétaires, fils libertins, épouses débauchées, enlevés, enfermés sans autre forme de procès. La sûreté des bons citoyens a pour revers un arbitraire policier qui nourrit les réticences, les colères et parfois les rébellions de tous ceux que la vie fragile menace. L’enfermement par ordre du roi – sous la forme des lettres de cachet – frappe le faible comme le puissant à Paris grâce à l’effroyable efficacité de la police. L’arbitraire, l’opacité de la police comme son recours à l’espionnage, sont de plus en plus débattus et critiqués en France comme en Europe à la fin du XVIIIe siècle, afin de borner et de placer sous contrôle ses moyens accrus et ses agents tout-puissants.

Par les débats toujours actuels qu’elle suscite sur les libertés, le pouvoir de l’administration ou celui des juges, la censure et la régulation des nouveaux médias, l’intervention des pouvoirs publics dans le domaine des produits de première nécessité, la police du XVIIIe siècle interroge aussi notre temps.

En 200 documents originaux (des interrogatoires de suspect à la déclaration des Droits de l’homme et du citoyen, d’une déposition de Jean Jacques Rousseau aux rapports des indicateurs de la police) l’exposition entend raconter ce chapitre inédit de l’histoire du gouvernement des hommes en Europe : apparition des policiers professionnels et spécialisés, dont les premiers «détectives» ; création de forces dévolues à la sécurité publique ; volonté de quadrillage des territoires urbains, recours croissants à des instruments écrits de gestion des populations. Elle embrasse aussi l’immense périmètre des « matières de police » ; en effet, dans une conception très large du maintien de l’ordre, la police touche aux domaines les plus divers, des règles du travail et du marché jusqu’aux bonnes mœurs, de la lutte contre le vol à la propreté des rues, de la surveillance de l’opinion à la santé publique. Enfin, l’exposition accorde une place particulière aux gestes et aux mots des hommes et des femmes du peuple, et à leurs sentiments mêlés, entre attentes de justice, craintes et colères, à l’égard d’une police qui se veut porteuse d’ordre et de « civilisation ».

Si l’exposition privilégie les fonds des Archives nationales (essentiellement les archives des commissaires et de la Chambre de police du Châtelet de Paris) et ceux de la Bibliothèque de l’Arsenal (fonds de la lieutenance générale de police et des prisonniers dans les Archives de la Bastille), elle offre aussi, chaque fois que possible, des points de comparaison entre Paris et certaines grandes villes françaises, de Nantes à Bordeaux, de Lille à Marseille, ou européennes, comme Londres, Genève, Bruxelles, Madrid ou Naples.

Afin d’immerger le public dans l’ordre et le désordre des villes du XVIIIe siècle, plusieurs dispositifs scénographiques ont été prévus. Une fresque sonore accompagne les visiteurs dès le péristyle de l’Hôtel de Soubise, restituant les bruits et les cris d’une rue parisienne. Pour parcourir les différentes parties de l’exposition, le public déambule dans une rue placardée d’affiches de police et peut écouter des bulles sonores évoquant des lieux, des personnages ou des évènements (une « mouche », le bureau de sûreté, l’affaire des quatorze, les prisonniers de Bicêtre, les noyés de la Seine, le lieutenant de police, l’émeute de 1750). A la fin de l’exposition, le public est invité à prendre quelques instants, à l’intérieur d’une étude d’un commissaire au Châtelet de Paris, pour y lire les transcriptions d’actes de police.

 

Lieux et types de manifestation